Accueil. Revenir à la page "Loucrup autrefois".

Guerre 1939-1945 - Résistance

Lors des combats de 1939-1940, 21000 hommes furent mobilisés dans les Hautes-Pyrénées. A l'issue des combats en 1940, 201 soldats avaient été tués, 6174 restaient en captivité (parmi lesquels près de 300 réussirent leur évasion et 91 moururent en exil). Le 11 novembre 1942, en réplique au débarquement allié en Afrique du Nord, les troupes d'occupation entrent dans notre département. Des détachements verrouillent les vallées donnant accès à l'Espagne. Une zone interdite (au sud d'une ligne Argelès-Arreau) est instaurée. De nombreuses personnes se sont illustrées dans la résistance à l'occupation allemande dans les Hautes-Pyrénées, en témoignent les nombreuses récompenses qui furent décernées aux Héros de la Résistance dans notre département. 184 Résistants furent tués, il y eut également 155 victimes civiles. Un livre est à recommander pour tout connaître en détail sur le sujet : Résistance en Bigorre par le Comité Départemental de la Résistance des H.-P., dont sont issues les informations ci-dessous.


Maurice Bénézech alias « Bernard » nous apprend que dès 1940 dans les Hautes-Pyrénées, région de montagne et département frontière, des réseaux furent en mesure de permettre le franchissement de la frontière d'Espagne dans une relative sécurité. C'est en mars 1943, avec l'instauration du Service du Travail Obligatoire en Allemagne (S.T.O.), que le premier problème important fut posé aux organisations de Résistance. Il fallut mettre à l'abri des réfractaires à ce service. On créa alors les Maquis. Jusqu'au début 1944, aucune aide valable ne vint soutenir les efforts des résistants bigourdans. C'est à l'échelon local, par des miracles d'audace, de bonne volonté, qu'on put assurer la vie matérielle de ces garçons. Quant à l'armement et à la préparation militaire, rien de concret ne put être réalisé avant février 1944, date à partir de laquelle les parachutages furent régulièrement largués. Nous n'allons pas sur ce site internet entrer dans le détail de tous les actes de Résistance (chemins de fer, administrations, syndicats, presse,...). Vous les trouverez dans le livre cité plus haut. Sachez juste que le mot de conclusion du livre est « Bigorre tu peux être fière de tes enfants ». Nous allons vous donner simplement la liste des actions qui ont eu lieu dans notre secteur :


Actions répressives des Allemands contre la population civile ou la Résistance :


A Bagnères-de-Bigorre, Pouzac, Trébons, Montgaillard le 11 juin 1944

La plus sanglante des opérations (Menée par le 3e bataillon du Régiment « Deutschland » de la 2e Division Blindée de SS « Das Reich »). Cette intervention brutale fit 62 morts et autant de blessés. La sauvagerie du comportement des soldats face à une population sans défense dépasse en horreur l'imaginable. « Un bien triste spectacle nous attendait à l'entrée de Pouzac, devant l'escalier d'une villa appelée le Château de Laitre, un groupe de huit morts. Dans la rue, face à cette villa, deux autres morts. Presque en face, dans une villa appelée Bain de Lilas : cinq morts. Nous trouvâmes encore une autre femme fusillée dans sa cour, puis un autre homme. Dans le Château de Laitre, nous découvrîmes deux jeunes filles très grièvement blessées, sur leur lit. Elles portaient chacune plusieurs impacts de mitraillette dans le corps. Mes secouristes se mettaient au travail pour éteindre l'incendie allumé par les SS dans la villa Bain de Lilas. Voyant du sang, ils découvrirent le corps mitraillé d'un gamin de quatre ans, qui s'était réfugié derrière une armoire. A Trébons, nous découvrîmes un spectacle horrible. Onze morts fusillés sur la route ou chez eux, dont le maire de Trébons et son gendre. » écrit M. Priou, directeur adjoint de la Croix Rouge à Bagnères.


A Lesponne - Chiroulet, le 25 juin 1944 :  

Attaque allemande sur le maquis du groupe Bernard : 6 civils tués.  


A Payolle, le 10 juillet 1944 :  

Attaque allemande sur le maquis du groupe Bernard, 14 maquisards tués.  


A Pouzac, le 16 juillet 1944  

Un détachement de la werhmacht accompagné de la Gestapo et guidé par Laetitia Pinac (épouse de M. Mullenbach, officier allemand) et sa fille, arrêta neuf paisibles habitants du village. Madame Mullenbach qui habitait Pouzac exerçait ainsi sa vengeance contre des personnes qu'elle n'aimait pas.


A Odos, le 19 juillet 1944 :  

Accrochage du groupe Foch avec une patrouille allemande.  


A Arrodets, Les Angles, Lahitte, Cheust, Germs, le 29 juillet 1944 :  

Opérations allemandes contre le maquis : cinq granges incendiées, pas de victimes.



Actions diverses conduites par la Résistance dans les Hautes-Pyrénées :


A Montgaillard le 10 mai 1942 :

Opération sur la mairie, pour récupérer des tickets d'alimentation. Maquis Bernard.


A Juillan, le 20 septembre 1943 :

Sabotage de la voie ferrée au PK 160 : raté.


A Juillan, le 23 septembre 1943 :

Sabotage de la voie ferrée au PK 160-360 : réussi.


A Juillan, le 8 novembre 1943 :

Sabotage de la voie ferrée par un groupe armé au PK 161. les gardes voies ligotés parviennent à donner l'alerte.


A Lourdes, le 25 décembre 1943 :

A l'hôtel Saint-Etienne réquisitionné pour les aviateurs allemands, des grenades sont lancées au moment du dîner dans la salle à manger : trois Allemands tués, 27 blessés.


A Juillan le 19 janvier 1944 :

Déraillement par sabotage de la voie ferrée du train venant de Bayonne : 27 morts, 47 blessés ; tragique bavure dont les victimes furent des civils (voir des photos du déraillement).


A Bagnères, le 24 avril 1944 :  

Action de récupération à l'hôpital de Bagnères d'un maquisard blessé (Mallet).  


A Montgaillard, le 30 avril 1944 :  

Accrochage d'un convoi allemand, par le groupe Bernard.  


A Odos, le 10 mai 1944 :  

Un groupe armé enlève un camion-citerne et 2800 litres de carburant à la station Adour, route de Lourdes.


A Neuilh, le 12 mai 1944 :  

Sabotage par explosifs de la ligne HT 150 000 volts de Lau-Balagnas à Lannemezan.


A Montgaillard, le 14 mai 1944 :  

Destruction par explosifs de deux pylônes de la ligne HT 150 000 volts. Groupe Bernard.


A Montgaillard le 30 mai 1944 :

Attaque d'un convoi de la milice par le groupe Bernard.


A Hiis et Arcizac, le 7 juin 1944 :  

Sabotage d'un pylône électrique (groupe Bernard).  


A Bagnères, le 8 juin 1944 :  

Action insurrectionnelle. La ville est occupée par les forces de la Résistance.  


A Neuilh, le 26 juin 1944 :  

Un milicien est abattu.


A Juillan le 1er juillet 1944 :

La boîte de répartitions des fils téléphoniques est détruite par explosifs (cour extérieure de la gare).


A Pouzac, Asté, le 28 juillet 1944 :  

Barrage par arbres abattus sur la RN 135.


A Montgaillard, le 30 juillet 1944 :  

Un camion transportant un détachement allemand est attaqué par le maquis du groupe Bernard, au lieu-dit "La Sarre" sur le RN 135 : un adjudant allemand est tué et trois soldats blessés.

Toutes les autres actions de la Résistance sont dans le livre « Résistance en Bigorre ».


Le 17 août 1944, la milice se rend à la Résistance à Tarbes.


Les 18 et 19 août, Libération de Tarbes et de Lourdes.


Le 20 août 1944, les Allemands, harcelés, sont jetés hors du département.

Le Groupe Franc du Groupe Bernard, spécialisé dans les actions dangereuses. On a identifié sur la photo : Bénézech (médecin) - Dorignac (instituteur) -  Hernandez (mécanicien) - Gissot (ouvrier) -  Klein (technicien) - Kolb - Menvielle - Dulout (technicien) - Bigini - Foss - Jimenez (maçon) - Darin (garagiste) - Garcia, Lorioux , Caussieu (policiers) .

Monument, au cimetière de Bagnères-de-Bigorre. 18 membres du groupe Bernard âgés tous d'une vingtaine d'années furent tués au combat (surtout à Payolle, mais aussi à Trébons, Jonzac et Banios).

Les terribles journées du 8 juin au 11 juin 1944 en détail :

L'action insurrectionnelle déclenchée à Bagnères le 8 juin 1944, se terminant dans l'après-midi par la sauvage répression des troupes allemandes, fut l'événement majeur de la Résistance dans les Hautes-Pyrénées. Rien ne peut atténuer la responsabilité des officiers commandant les troupes allemandes qui se livrèrent honteusement au pillage des biens et qui assassinèrent 62 innocents, pour la plupart des enfants, des femmes et des vieillards. Pour mieux comprendre ces journées, « Bernard », ancien chef de la Résistance raconte la chronologie des événements:


« Le débarquement des Alliés en Normandie suscita, à Bagnères, comme ailleurs, un immense espoir et l'extrême tentation de participer activement à la Libération du pays. De Gaulle disait dans un message de la BBC : Pour les fils de la France, où qu'ils soient, le devoir simple et sacré est de combattre l'ennemi par tous les moyens dont ils disposent. le 8 juin, Compagnet est réveillé par les bruits de la rue ; il constate une effervescence considérable et apprend que la Résistance occupe la sous-préfecture. Il vient aussitôt me prévenir. Les gens sont dans la rue, les drapeaux claquent aux fenêtres. Je suis abasourdi. Les ouvriers de Soulé et de Lorraine quittent leurs postes. les agents de liaison partent vers Orignac où une section existe, on commence à distribuer de l'armement...Sur le plan militaire, j'installe des postes avancés à Montgaillard, Ordizan, Cieutat et vers Mauvezin. La mission de ces postes est exclusivement une action d'alerte.


Je fais lire par le crieur public : Notre ville est une de celles qui viennent de recouvrer la liberté. Le Réprésentant du Gouvernement Provisoire de la République invite la population à observer le plus grand calme. Nous avons encore dans le département des troupes allemandes, et il n'est pas exclu qu'elles tentent une action sur Bagnères. Le 10 juin au matin, aucun élément nouveau ne permet de penser que les Allemands vont tenter une opération sur Bagnères. Vers dix heures, je reçois dans le bureau du sous-préfet deux agents de Londres ; un officier anglais et son adjoint. Ils viennent de Pau se rendre compte de la situation à Bagnères, et me proposer un appui logistique. Ils sont provisoirement installés au Presbytère de Pouzac, où ils ont leur radio. Les effectifs ne manquent pas ; les volontaires affluent. Le 11 juin au matin, aucune information particulière ne me fait craindre une attaque allemande. Vers 11 heures, le poste de Montgaillard me fait savoir qu'un petit détachement allemand est entré dans le village, et s'est replié. Un certain flottement se produit dans la population. mais rien encore ne permet d'imaginer l'attaque de l'après-midi. Vers 13 heures, les Allemands se présentent devant le poste de Montgaillard, qui se replie aussitôt, sans aucun coup de feu, de part et d'autre. Devant Trébons, un fusil-mitrailleur servi par Marquez, ouvre le feu sur les attaquants. Marquez est tué à son poste.


Le massacre des innocents commence.
Les nazis tuent, dans le village de Trébons, 17 personnes, des enfants, des femmes, des vieillards. Monsieur Verdoux, le receveur des Postes est tué à son poste, sa femme blessée.Un peu plus tard, à Pouzac, bien qu'aucun coup de feu n'ait été tiré, le massacre continue. 13 personnes, toutes étrangères à la Résistance, sont exécutées, avec une sauvagerie inimaginable. Arrivés à Bagnères, les assaillants tirent au canon sur les wagons mis en travers de la route, ils atteignent la librairie Dejean qu'ils pulvérisent. Là encore, aucun coup de feu n'est tiré, mais la sauvagerie nazie poursuit son oeuvre, au hasard des rencontres, sans raison ; les allemands tuent 32 personnes. Les Allemands poursuivirent jusqu'à Baudéan, mais n'allèrent pas plus haut ce jour-là. Pour la vérité historique, je précise que le corps allemand qui exerça cette terrible répression était le 3e bataillon de la Division Das Reich. Ce même bataillon accumula les ruines et les assassinats dans l'Ariège et dans le Gers. Le 25 juin, un fort contingent allemand attaque Lesponne et le Chiroulet. L'attaque allemande passe à côté. Six civils de Lesponne, dont une vieille femme de 75 ans, assise devant sa cheminée, sont néanmoins abattus. Le 10 juillet, c'est l'attaque du maquis de Payolle (14 maquisards tués), dans l'après-midi, les Allemands qui avaient eu plus de 30 tués, quittent la position. »

Le groupe Bernard à Bagnères-de-Bigorre.

Le groupe Bernard fut homologué sur le plan national Unité Combattante de la Résistance. La ville de Bagnères-de-Bigorre reçut la Croix de Guerre le 11 novembre 1948.

Revenir à la page "Loucrup autrefois". voir aussi notre page sur les plaques et monuments du département liés à la seconde guerre.

Une superbe (et rare) photo du Groupe Bernard.

Tarbes en août 1944. Fête de la Libération - défilé des FFI.

Il fallait résister à l’occupant, mais aussi à une certaine partie de la population française qui avait fait le « mauvais choix ». Ci-contre une photographie du Comité de Propagande Sociale du Maréchal, prise à Bagnères-de-Bigorre en 1941 ou 1942 (les visages ont été volontairement floutés). Les CPSM se révèleront être un échec en France.

voir aussi notre page sur Chantiers de Jeunesse (1940-1943) dans notre département.