Un écrivain anglais à Loucrup
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Un écrivain anglais à Loucrup

Stanley John Weyman

Admiré par des auteurs renommés comme Stevenson ou Wilde, Weyman est peu connu en France. Il fut pourtant aussi célèbre que Conan Doyle (auteur des Sherlock Holmes) et fut même comparé à Alexandre Dumas.

Il publia également des articles et des nouvelles dans
The English Illustrated Magazine et notamment son voyage dans les Pyrénées publié en janvier 1893. Il y fait une savoureuse description de sa halte à Loucrup.

Un grand merci à
Eliane Haunold, professeur d'anglais, qui a bien voulu nous traduire cet article.

Through the Pyrenees in December


A travers les Pyrénées en décembre


 

« ...Lundi, nous partîmes à Lourdes, la ville des miracles, avec un train matinal. De là, nous allâmes à Bagnères-de-Bigorre puis de Bagnères à Arreau par le col d'Aspin, et par le col de Peyresourde à Bagnères-de-Luchon. Ce furent les étapes d'une promenade de trois jours très intéressante. La distance totale fut d'environ 60 miles (ndt 96,5 km).

A Loucrup le premier jour, depuis une hauteur relativement basse, nous profîtames d'une vue parfaite des montagnes de cette partie des Pyrénées. Nous pûmes pleinement prendre conscience de la hardiesse des contours et de la grâce élancée de ces montagnes qui faisaient d'elles les grandes rivales des Alpes, plus hautes et plus imposantes.

A Loucrup, nous découvrîmes un survivant de l'époque de Rembrandt. C'était un cordonnier. Sa tenue était d'une matière marron sale et il portait un tablier de cuir, des lunettes de cordonnier à monture et un bonnet de nuit.


Son visage était couvert de taches noires. Il avait perdu un oeil et avait une coquetterie dans l'autre. Sans aucun doute, il ne s'était pas lavé depuis que Rembrandt avait fait son portrait.

C'était aussi le propriétaire de la taverne du village et dans un intérieur obscur, principalement meublé de deux grand lits, il coupa pour nous, dans un saucisson énorme pendu aux chevrons, deux énormes tranches parfumées à l'ail. Tranches qu'il nous tendit directement du bout des doigts. Son vin était exécrable.

Mais pendant que, assis, nous mastiquions son pain, nous eûmes l'occasion d'apprendre la façon dont les gens de la campagne prenaient leurs repas. Deux ou trois d'entre eux entrèrent et, debout, prirent une longue gorgée d'un bol de terre qui contenait du "bouilli" (
en français dans le texte) froid. Puis, chacun mangea un gros morceau de pain. Une autre gorgée de soupe compléta le repas.

J'avais déjà mangé et apprécié les repas dans des endroits plus frustres mais cette auberge donnait tellement l'apparence affreuse d'un confort encrassé que j'en eus l'appétit coupé.

L'homme, de plus, était revêche et n'avait pas le moindre doute sur la suffisance de son menu, doute qui m'a forcé en d'autres lieux, par tact en accord avec l'attitude de l'aubergiste, à faire un repas que j'en ai envie ou pas... »

L’action se passait à l’auberge « Chez cordonnier », route des Pyrénées. L'auberge a fermé en 1931.

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