Août 1569, désastre dans le Marquisat de Bénac
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Août 1569, désastre dans le Marquisat de Bénac

et dans une grande partie de la Bigorre.

Par sa situation géographique, la région Midi-Pyrénées n'a pas souffert autant que les autres régions françaises lors des deux conflits mondiaux de 1914-1918 et 1939-1945. La période la plus difficile à laquelle fut confrontée la Bigorre est sans conteste la période dite "des Guerres de religion" et plus précisément celle qu'on a appelé Troisième Guerre de religion (1568-1570).

En 1569, le vicomte de Terride (catholique) eut l'ordre du roi de France d'aller faire la guerre aux huguenots (protestants) de Béarn. Son armée forma vers la fin d'avril 1569 le siège de Navarrenx (64) et il fut décidé de prendre cette place par la famine. La place était munie de vivres et d'une bonne garnison, commandée par le baron d'Arros, lieutenant de la reine Jeanne d'Albret. Le comte Gabriel de Montgomery, un des chefs principaux des huguenots, leva des troupes dans le Quercy et l'Albigeois et vint secourir Navarrenx. Sur son passage, ce ne fut que désolation avec incendies d'églises et pillages. Ses troupes (3000 hommes) pénétrèrent dans les Hautes-Pyrénées par Lannemezan et ressortirent à Pontacq le 6 août 1569, faisant de nombreux dégâts.

Le vicomte de Terride, averti de l'arrivée de Montgomery fit décamper son armée à Mauléon et à Orthez. Montgomery marcha sur Orthez, en forma le siège et prit la place en 3 jours. Le vicomte fut amené à Eauze où il mourut huit jours après.


D'après l'enquête du clergé, Montgomery, dans ce premier passage à travers la Bigorre début août 1569, incendia les églises des paroisses suivantes : Lannemezan, Capvern, Mauvezin, Lutilhous, Bégole, Burg, Campistrous, Lanespède, Ricaud, Ozon, Tournay, Peyraube, Clarac, Goudon, Chelle-Debat, Marseillan, Castelvieilh, Galès, Luby, Sinzost, Bordes, Gourgue, Sarabeyrouse, Sarraméa, Cieutat, Poumarous, Orignac, Hitte, Oléac-Dessus, Luc, Oueilloux, Antist, Ordizan, Bernac-Dessus, Vielle, Calavanté, Lespouey, Mascaras, Saint-Martin, Montgaillard, Visker, Averan, Bénac, Odos, Orincles, Julos, Paréac, Astugue, Pouts, Escoubès, Séméac, Aureilhan, Juillan, Bordères, Azereix, Ossun, Ibos, Louey, Lanne, Oursbelille, Gayan, Siarrouy, Andrest, Bazet, Aurensan, Pintac, Oroix, Luquet, Gardères, Lamarque, Loubajac, Poueferré, Pontacq, Ger, Ponson-Dessus, Ponson-Debat, Montaner, Casteide, Tarasteix, Escaunets, Villenave, Séron. Dans notre secteur, Loucrup, Layrisse et Hibarette furent miraculeusement épargnés, soit il n'y avait pas d'église soit le village était trop petit pour intéresser les belligérants.

L'église de Louey.

L'église a été reconstruite après l'incendie, mais on voit toujours le mur-pignon de l'ancienne église qui a été conservé.

Voici ce qu'écrit l'abbé Colomez dans son Histoire de la Province et Comté de Bigorre vers 1735 : « Lorsque Montgomery fut arrivé sur le côteau de Rustan qui borne la plaine de Bigorre, il considéra la ville de Tarbes. Soit qu'il craignît d'y trouver plus de résistance qu'il n'aurait voulu, ou qu'il voulût éviter d'y perdre son temps, il jugea à propos de n'y pas aller. Il passa la rivière de l'Adour à Montgaillard ; de là il descendit vers Laloubère, et laissant Tarbes à sa droite, il gagna la ville d'Ibos. La garnison de Tarbes, qui était de deux mille hommes commandés par le chevalier de Villembits, s'étant aperçue du passage des ennemis, leur fit une salve de coups de mousquets. Pour y répondre, ils détachèrent un parti qui commençait à mettre le feu à des maisons couvertes de paille dans le faubourg de la Sède. Mais une troupe de cavalerie, commandée par Jacques de Lavedan, prieur de Momères et vicaire général de Tarbes, courut après eux et les mit en fuite ; de sorte que Tarbes fut exempte, au premier passage de Montgomery, des maux qu'il avait faits dans sa route. »


Mais Tarbes dut subir le deuxième passage de Montgomery, nous le lisons toujours dans Histoire de la Province et Comté de Bigorre vers 1735 : « Deux bigordains de l'armée de Montgomery allèrent à Tarbes pour donner l'alarme au chevalier de Villembits. Ils lui dirent que le comte de Montgomery s'avançait avec un puissant corps d'armée et le canon de Navarrenx dont il voulait battre la ville, étant résolu de la prendre et de mettre tout à feu et à sang. Ces malheureux espions, affectant d'être venus pour donner un conseil salutaire à leur patrie, ajoutèrent que les murailles, étant construites de cailloux ronds, ne pourraient résister à l'artillerie, que la longueur de la ville demandait une garnison plus nombreuse qu'elle n'était, que la levée du siège de Navarrenx et la prise d'Orthez avait tellement enflé le coeur des soldats du comte que rien ne leur était difficile, et que les Béarnais étaient si encouragés par ces avantages qu'ils viendraient au premier signal pour les renforcer et ravager la Bigorre. A ce récit, on n'entendit que pleurs et cris dans les rues. Parmi cette désolation, le chevalier de Villembits ne se crut pas assez en état de défense et il renvoya les compagnies. Les habitants prirent leur parti : les uns se retirèrent dans les montagnes, les autres dans les châteaux voisins où ils portèrent ce qu'ils purent sauver. Les espions rapportèrent au comte l'état des choses. Il eut bien de la peine à les croire. Mais enfin, n'en pouvant plus douter, il marcha vers Tarbes. Sur sa route, il brûla et saccagea le monastère de Larreule, les lieux de Caixon et de Baloc, la ville de Vic-Bigorre, le monastère voisin de saint-Licier ou Saint-Lézer, les lieux de Pujo et d'Andrest. il trouva en effet les portes de Tarbes et la ville sans habitants. Ses troupes pillèrent tout ce qui se trouva dans les maisons. Il fit brûler l'église cathédrale de Sainte-Marie de la Sède, l'église paroissiale de Saint-Jean, le couvent des Carmes, l'évêché, les maisons des chanoines et celles de plusieurs particuliers. Pendant un séjour de trois semaines, il fit contribuer les lieux voisins. Les villes de Bagnères, Lourdes, Ibos, Vic, Maubourguet, Castelnau-de-Rivière-Basse et leurs églises ne furent pas épargnées. Les monastères de l'Escale-Dieu et de Saint-Sever-de-Rustan, de Saint-Pé-de-Générès, de Larreule, de Tasque, n'échappèrent pas à la fureur des troupes protestantes. C'est dans cet incendie, qu'on peut appeler général, qu'on perdit les titres et les monuments anciens du pays de Bigorre, dont la rareté rend aujourd'hui l'histoire stérile et difficile. »

La destruction de Lourdes, pendant les guerres de religion.

On connaît la fin de l'histoire. Les catholiques prirent ensuite leur revanche sur les protestants. En 1572 eut lieu le massacre de la Saint-Barthélémy auquel le comte de Montgomery échappa de justesse, lui qui finira par être décapité le 25 juin 1574. Mais notre département paya tout de même un très lourd tribut à ce conflit sanglant.

Un autre épisode qui concerne notre secteur, se passe en 1574 et nous est raconté par le Guide du voyageur à Bagnères-de-Bigorre et dans les environs en 1818 : « Les protestants du Béarn vinrent attaquer les catholiques de la Bigorre. Les premiers étaient commandés par Lizier, qui leva des contributions dans les villages des alentours de Tarbes pour faire subsister ses troupes. Celui de Trébons ayant refusé de payer la part pour laquelle il avait été imposé, Lizier partit de Tarbes dans la nuit pour forcer ce village que le baron de Baudéan, commandant de Bagnères, avait pris sous sa protection.. C'est entre Pouzac et cette ville que les deux capitaines se rencontrèrent. Le baron, trompé par le vêtement de Lizier, crut reconnaître St.-Martin, son ami ; Lizier s'avance vers lui, et le menaçant d'un pistolet, lui crie d'une voix ferme : "Rends-toi, Baudéan". Celui-ci tire son épée, et marche sur son adversaire, qui, d'un coup de feu l'étendit mort au pied de son cheval. Lizier conduit alors son détachement à Trébons, livre le village aux flammes, fait mettre à mort le premier officier municipal, et abandonne le reste à la fureur des soldats. Les amis du baron de Baudéan vengèrent cruellement cet assassinat sur la personne de son auteur. La fortune cessa d'accompagner le capitaine Lizier. Ses soldats battus par les nombreux renforts que les catholiques recevaient des environs de Tarbes, l'abandonnèrent à la vengeance des vainqueurs. Seul, il se défendit avec un courage qui n'a pas d'exemple, et succomba enfin, sous le nombre de ses agresseurs, dans une prairie peu éloignée de Dours, où les soldats l'enterrèrent après lui avoir coupé les oreilles. »

En 1574, le village de Trébons en flammes.

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